Les mays sont de grands tableaux offerts chaque 1er mai à Notre-Dame de Paris par la confrérie des orfèvres de la ville, de 1630 à 1707. Peints par les plus grands artistes du siècle, ils représentent des scènes des Actes des Apôtres et formaient un cycle unique en Europe, dont une partie est encore visible dans la cathédrale aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un may, au juste ?
Le terme « may » désigne un tableau de grand format, généralement autour de 3,5 mètres de haut, commandé chaque année à un peintre reconnu. Le sujet devait obligatoirement illustrer un épisode des Actes des Apôtres, livre du Nouveau Testament racontant la naissance de l’Église après la Résurrection.
Ces œuvres n’étaient pas de simples décorations. Elles constituaient un véritable don liturgique, une offrande annuelle destinée à orner la nef de la cathédrale et à instruire les fidèles par l’image, à une époque où une large part de la population ne savait pas lire.
D’où vient le nom « mays » et cette tradition du mois de mai ?
Avant de devenir des tableaux, les « mays » étaient littéralement des arbres. Chaque 1er mai, selon une coutume médiévale répandue dans tout le royaume, les corporations plantaient un jeune arbre — souvent une aubépine ou un bouleau — devant les églises, en hommage au renouveau du printemps et à la Vierge Marie.
À partir de 1449, la confrérie des orfèvres parisiens reprend cette coutume devant Notre-Dame. Mais planter un arbre chaque année finit par poser des problèmes pratiques et esthétiques dans l’enceinte du parvis. La confrérie décide alors, en 1630, de remplacer l’arbre par un tableau offert le même jour : le nom de « may » est conservé, mais l’objet change totalement de nature.
Pourquoi la confrérie des orfèvres a-t-elle financé ce cycle pendant près de 80 ans ?
La confrérie Saint-Éloi, qui réunissait les orfèvres et marchands de la capitale, était l’une des corporations les plus riches et les plus puissantes de Paris. Offrir un tableau monumental chaque année à la cathédrale était à la fois un acte de piété et une démonstration de prestige social et économique.
Entre 1630 et 1707, ce ne sont pas moins de 76 mays qui sont ainsi peints et installés dans la nef, un rythme quasiment ininterrompu qui en fait l’un des plus importants programmes picturaux commandés en France au XVIIe siècle. La tradition s’arrête en 1707, probablement pour des raisons financières et un essoufflement de la confrérie.
Quels peintres ont réalisé les mays ?
Le prestige de la commande a attiré les plus grands noms de la peinture française classique. Parmi les artistes ayant livré un ou plusieurs mays figurent :
- Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV
- Eustache Le Sueur
- Laurent de La Hyre
- Sébastien Bourdon
- Jean Jouvenet
- Philippe de Champaigne
- Simon Vouet
Chaque tableau devait respecter un format et un thème imposés par la confrérie, ce qui donne à l’ensemble une cohérence visuelle rare malgré la diversité des mains qui s’y sont exercées.
Que sont devenus les mays après la Révolution française ?
La Révolution met fin à l’organisation religieuse de l’Ancien Régime et bouleverse le destin de ces œuvres. Les mays, considérés comme biens de l’Église, sont saisis, dispersés ou vendus. Une partie rejoint les collections nationales, notamment le musée du Louvre, tandis que d’autres sont envoyés dans des musées de province comme Arras, Nantes, Le Puy ou Grenoble, dans le cadre de la politique de redistribution des œuvres d’art confisquées.
Certains tableaux ont malheureusement été perdus, détériorés ou détruits au fil des bouleversements des XVIIIe et XIXe siècles. Ce sort mouvementé rappelle celui d’autres éléments emblématiques de la cathédrale, comme le racontent nos articles sur l’histoire des vitraux de Notre-Dame ou sur l’évolution de la cathédrale entre 1163 et 2026, tous deux marqués par des pertes et des restaurations successives.
Combien de mays sont encore visibles à Notre-Dame aujourd’hui ?
Une partie des mays a pu être conservée ou restituée à la cathédrale au XIXe siècle, notamment grâce aux travaux de restauration menés par Viollet-le-Duc. Aujourd’hui, une douzaine de ces grands tableaux ornent encore les chapelles latérales de Notre-Dame, offrant un aperçu de ce que devait être l’ampleur visuelle du cycle complet.
Après l’incendie de 2019, l’ensemble des œuvres, y compris les mays encore en place, a fait l’objet d’un diagnostic minutieux avant d’être mis à l’abri, nettoyé si nécessaire, puis réinstallé lors de la réouverture de la cathédrale. Ce chantier patrimonial hors norme a permis de redécouvrir la richesse chromatique de plusieurs de ces tableaux, parfois assombris par des siècles de fumées de cierges et de vernis oxydé.
Comment voir les mays lors d’une visite de la cathédrale ?
Les mays actuellement conservés à Notre-Dame sont accrochés dans les chapelles qui rythment les bas-côtés de la nef et du chœur. Une visite attentive permet de repérer les cartels indiquant l’auteur, la date et l’épisode biblique représenté pour chaque tableau.
Pour organiser sa venue dans de bonnes conditions, mieux vaut connaître à l’avance les modalités d’accès : notre guide sur le prix de la visite de Notre-Dame de Paris en 2026 détaille les tarifs, horaires et options de visite guidée qui permettent notamment de mieux comprendre le contexte historique de ces œuvres.
Les amateurs d’histoire et de littérature apprécieront aussi de replacer les mays dans le contexte plus large de la cathédrale et de son rayonnement culturel, un sujet abordé dans notre article consacré au roman de Victor Hugo et aux beaux livres sur la cathédrale.
Pourquoi les mays restent-ils une source majeure pour l’histoire de l’art ?
Le cycle des mays constitue un témoignage précieux sur l’évolution de la peinture religieuse française entre le classicisme du début du XVIIe siècle et l’influence grandissante de l’Académie royale de peinture. Les historiens de l’art s’appuient sur ces œuvres pour étudier les échanges d’influences entre les grands ateliers parisiens de l’époque.
Les Actes des Apôtres, texte biblique choisi comme fil conducteur unique du cycle, offraient aux peintres une matière narrative riche : miracles, prédications, conversions et martyres, autant de scènes propices aux grandes compositions dramatiques prisées au Grand Siècle.
Le ministère de la Culture recense d’ailleurs plusieurs de ces tableaux au titre des objets classés au titre des monuments historiques, ce qui garantit leur protection juridique et encadre strictement toute intervention de restauration.
Ce qu’il faut retenir sur les mays de Notre-Dame
Nés d’une coutume médiévale de plantation d’arbres, transformés en tableaux monumentaux à partir de 1630, dispersés après la Révolution puis en partie rassemblés à nouveau, les mays incarnent à eux seuls plusieurs siècles d’histoire religieuse, artistique et patrimoniale française. Leur présence dans les chapelles de la cathédrale reste aujourd’hui l’une des façons les plus concrètes de mesurer l’ampleur du mécénat artistique sous l’Ancien Régime.
Questions fréquentes
Que signifie le mot « may » à Notre-Dame de Paris ?
Le mot « may » désigne un grand tableau offert chaque 1er mai à la cathédrale par la confrérie des orfèvres parisiens, entre 1630 et 1707. Le terme vient de la coutume plus ancienne consistant à planter un arbre le jour du 1er mai, remplacée ensuite par ce don pictural annuel représentant un épisode des Actes des Apôtres.
Combien de mays ont été peints au total ?
Environ 76 mays ont été réalisés entre 1630 et 1707, presque à raison d’un par an. Ils formaient un cycle cohérent consacré aux Actes des Apôtres, commandé par la confrérie des orfèvres à des peintres renommés comme Le Brun, Le Sueur ou Jouvenet, avant que la tradition ne s’arrête au début du XVIIIe siècle.
Où se trouvent les mays aujourd’hui ?
Une partie des mays a été dispersée à la Révolution vers le musée du Louvre et des musées de province comme Arras ou Nantes. Une douzaine de tableaux sont restés ou sont revenus à Notre-Dame de Paris, où ils ornent les chapelles latérales de la nef et du chœur, visibles lors d’une visite de la cathédrale.
Peut-on encore voir des mays à Notre-Dame de Paris en 2026 ?
Oui, une douzaine de mays sont exposés dans les chapelles de la cathédrale. Après l’incendie de 2019, ces œuvres ont été inspectées, restaurées si besoin, puis remises en place lors de la réouverture, permettant aux visiteurs de continuer à admirer ce cycle pictural exceptionnel du XVIIe siècle.
Qui a commandé les mays de Notre-Dame ?
Les mays ont été commandés par la confrérie des orfèvres et marchands de Paris, une puissante corporation qui perpétuait ainsi une tradition de don à la cathédrale. Ce mécénat annuel, à la fois pieux et symbole de prestige social, a duré près de quatre-vingts ans, de 1630 à 1707.